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1970 : la Mendigote

Publié le par Serge Raoul

1970 : la Mendigote

Toulouse à l'instar de la France s'ennuyait ferme. La parenthèse soixante-huitarde était à présent fermée. Pour Georges et son frère, l'urgence était de se faire des amis. Les adolescents d'aujourd'hui auront du mal à imaginer ce que communiquer avait alors de laborieux. Contrairement aux polémiques  qu'entraînent les téléphones portables, ce phénomène ne faisait pas partie des litiges familiaux dans les années mille neuf cent soixante-dix ; la proximité des corps, la jouissance de la parole comme seul vecteur de communication entre individus représentaient les règles uniques. Pour les contacts plus lointains, on adressait vaguement une lettre, et puis on recevait tout aussi vaguement et souvent par bonheur une autre en retour. 
 
Les Roche, eux, comprirent comment se faire rapidement des amis : il suffisait de fréquenter les boîtes de nuit à la mode où toute la jeunesse branchée se donnait rendez-vous. Pour les amateurs du Toulouse interlope, les boîtes de nuit étaient les endroits où les rockers rencontraient de jolies filles et où les « minets » cohabitaient avec les vedettes locales. Dès la nuit tombée, c'était une sorte de couvre-feu qui s'installait. La jeunesse se retranchait à l'intérieur des night-clubs, derrière des barbelés de strass et de paillettes.

Les Toulousains prisaient La Mendigote, place Arnaud Bernard. C'était le lieu le plus doux, le plus huppé et le plus luxueux de la ville rose. Les murs étaient tendus de satin pastel baignant dans la lumière colorée de minuscules projecteurs qui donnaient aux teintes un aspect voyant de bon goût. Le décor de la piste de danse représentait une création de pyramides exécutées en en carton pailleté.  Les bordures des tables étaient fluorescentes. 
Les belles lesbiennes venaient s'y rencontrer pour consommer des boissons avant qu'elles ne rentrassent chez elles pour terminer la soirée d'une façon câline. Ici, tout se mélangeait : les âges, les genres, les pouvoirs d'achat… l'endroit tout entier sentait la viande fraîche et appétissante. On croisait souvent le fils du maire ou le propriétaire de la dépêche ; c'est ici aussi que l'on entendit la première fois à Toulouse le « What's Going On »[Disque sorti en France le 21 mai 1971.] de Marvin Gaye qui reste le meilleur disque « Soul » de tous les temps.

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