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Serge RAOUL

roman

Chapitre 2 : Première Impression-0608240058

12 Décembre 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Podcast, #Roman, #Youtube

Écrire, c'est faire pleurer sans tendre un mouchoir.
Antonio Lobo Antunes


Et de pleurer. Nous devons nous attacher à la littérature afin de contempler toutes les destinées humaines. Par ce biais, nous constatons que certaines personnes sont privilégiées alors que d’autres, malheureusement, ne connaissent que sanglots et peines. Lorsqu’on me raconte une histoire triste, en retour, elle me fait verser des larmes. Je me souviens particulièrement d'un moment où cette capacité de la littérature à nous émouvoir s'est manifestée dans ma propre vie. Ce fut le cas après une expérience que j’ai eue à la suite d’une rencontre sur Internet.
Cela se produisit un soir de mars 2020 lorsqu’un homme âgé me contacta par téléphone. J’avais indiqué sur un profil Facebook que j'offrais mes services d'auteur. J’avais précisé mon contact. Il me demanda de rédiger la vie réelle d'un garçon prénommé Georges. Il me sollicita pour relater la saga d’une façon objective, y compris dans ses aspects les plus obscurs. J'analysais la proposition sous tous les angles. Après avoir réfléchi pendant une semaine, je décidai d'accepter. Par la suite, nous connaissant mieux, il me fit des confidences sur sa santé. Il ne lui restait que quelques semaines à vivre après avoir contracté la COVID-19.
L’urgence de la situation me fit comprendre qu’il fallait que je saisisse le clavier de mon ordinateur afin d’entreprendre la tâche de scripteur. Les premiers chapitres du roman prenaient forme sous mes doigts avec une énergie remarquable. Chaque mot prononcé résonnait dans ma chair comme si j’en avais vécu le contenu. Toute phrase écoutée devenait un fragment de ma vie, une pièce d'un puzzle complexe que je m'efforçais de reconstituer.
Au fil de nos conversations téléphoniques, je me surpris à être de plus en plus absorbé par le personnage de Georges. Ce qui avait commencé comme un simple travail d'écriture se transformait progressivement en une expérience profondément personnelle. Chaque détail et chaque anecdote énoncés résonnaient en moi d'une manière inattendue. Je me mis à réfléchir non seulement à la vie de Georges, mais aussi à la mienne. Comment aurais-je réagi face aux situations qu'il avait vécues ? Quelles émotions aurais-je ressenties ? Ces questions, d'abord timides, devinrent de plus en plus pressantes, m'entraînant dans une introspection que je n'avais pas anticipée au début de ce projet. Cette interrogation m’accompagna lors de tous nos dialogues incessants. Elle émailla mes pensées. Pourtant, un jour, nos échanges cessèrent brutalement. Je n’ai plus eu de ses nouvelles. Cette rupture me laissa perplexe. Je ne pouvais pas en connaître la cause. Était-ce sa disparition, un changement d’humeur ? Un vide s'installa, laissant place à une solitude pesante, comme si une partie de moi-même s'était évanouie avec lui. Mais, paradoxalement, cette interruption dans notre relation téléphonique me rendit service. Elle me permit d'achever mon travail en toute quiétude. Cette plénitude apaisa mes frénésies en m’aidant à créer les transitions temporelles manquantes dans le récit. Grâce à cela, lorsqu’une phase n’était pas explicitée, j'imaginais une explication logique, la plus plausible. Alors, petit à petit, je m’immisçai dans le rôle principal en lui insufflant mes propres émois. Comme un dieu créateur. Cette agitation intérieure cessa lorsque la dernière touche du clavier ne résonna plus sous mes doigts.
 

25 janvier 2025

Chapitre 2 : Première Impression-0608240058
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J'ouvre la porte sur la mort - Nouvelle

9 Novembre 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman, #Culture générale

J'ouvre la porte sur la mort - Nouvelle

 — Entrez, c’est ouvert ! cria le garçon.

Ces mots résonneraient dans sa tête alors qu'il se remémorerait la journée où tout avait basculé. Ces paroles, simples et pourtant chargées de sens, marquaient le début d’un avenir incertain. Elles avaient ouvert la porte vers l’inconnu, un monde où toutes ses certitudes vacilleraient. C’est à ce moment que tout a chuté. À l’entrée, un homme en uniforme de petite taille dit d’un ton solennel :

— Bonjour, je suis un adjudant de gendarmerie. En fait, c’était le messager du diable. Êtes-vous Georges Roche ? 

— Bonjour monsieur, en effet.

— Connaissez-vous Mademoiselle Jessica Alonso ?

Comme il existe des secondes qui durent des heures, à l’inverse, le matin s'était soudainement transformé en une nuit noire. Le sous-officier, impassible, attendait.

— Oui, je la connais. Elle vit avec moi, dans cet appartement, c’est ma fiancée. Mais, elle est partie. Pourquoi la cherchez-vous ? demandait le jeune homme.

Le policier ne réagit pas tout de suite. Il fixait le jeune homme et il essayait de deviner sa réponse émotionnelle. Il répondit :

— Elle est liée à une affaire en cours en Espagne. Vous devez contacter un numéro de téléphone le plus tôt possible.

Et c’était tout. Il a fallu quelques secondes pour que l’adjudant prononce ces deux misérables phrases, qui ont paru une éternité à Roche. Le garçon comprit tout de suite que Jessica était morte.

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đź“”Le THEATRE DES DISPARUS - CHAPITRE 55 - PHIDIAS

7 Novembre 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman

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Charles Bukowski : " chier, pisser, se brosser les dents".

14 Octobre 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Culture générale, #Roman

"Comment diable un homme peut-il se réjouir d'être réveillé à 6h30 du matin par une alarme, bondir hors de son lit, avaler sans plaisir une tartine, chier, pisser, se brosser les dents et les cheveux, se débattre dans le trafic pour trouver une place, où essentiellement il produit du fric pour quelqu'un d'autre, qui en plus lui demande d'être reconnaissant pour cette opportunité ?"
Charles Bukowski
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Dans Le Théâtre des Disparus, j’ai voulu aller plus loin : que reste-t-il de l’homme derrière le salarié ? de la dignité derrière le costume ? Découvrez ce passage où le “Petit chef” se croit libre : [bit.ly/LTDD-chapitre-24-le-Petit-chef](https://bit.ly/LTDD-chapitre-24-le-Petit-chef)
 
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Envoûté par les Destins-LTDD-#Extrait-1-2808250059

27 Août 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman, #Youtube, #Podcast

#LittératureVivante #ÉcritureIntime #SergeRaoul #MémoireDesMots #DestinsCroisés

#extrait 1 

Écrire, c'est faire pleurer sans tendre un mouchoir.
Antonio Lobo Antunes


Et de pleurer. Nous devons nous attacher à la littérature afin de contempler toutes les destinées humaines. Par ce biais, nous constatons que certaines personnes sont privilégiées alors que d’autres, malheureusement, ne connaissent que sanglots et peines. Lorsqu’on me raconte une histoire triste, en retour, elle me fait verser des larmes. Je me souviens particulièrement d'un moment où cette capacité de la littérature à nous émouvoir s'est manifestée dans ma propre vie. Ce fut le cas après une expérience que j’ai eue à la suite d’une rencontre sur Internet.

 

La suite ici :
Envoûté par les Destins-LTDD-#Extrait-1-2808250059
Envoûté par les Destins-LTDD-#Extrait-1-2808250059
Envoûté par les Destins-LTDD-#Extrait-1-2808250059

26 janvier 2025

Lien Origine : pinterest bit.ly/4mAvZVO

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Sa Sabolla

22 Août 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman

Sa Sabolla

Comment est-ce que l’esprit réagit face à la mort d’un proche ?
Dans un premier temps, celui de Georges tourbillonna, tel un sirocco machiavélique qui balaya toutes ses idées. Il laissa échapper quelques larmes qui s’évanouirent sous les rayons ardents du soleil. Le premier réflexe du garçon fut de rejoindre la place centrale et de s’asseoir sur un banc. Il se tenait là, hébété, les yeux perdus dans le vide.
Roche se remémora alors la fois où il s’était assis sur ce banc avec son grand père Joseph. Le garçon ne pouvait s’empêcher de pénétrer un vortex mystérieux dans lequel le passé et le présent s'entrelaçaient. Un maelstrom donnant la vie aussi facilement qu’il la reprenait.
Il se souvint arrivant en retard au rendez-vous, dans l'obscurité matinale. C'était un jour chargé de promesses, où les contes des anciennes générations se mélangeaient aux aspirations des nouvelles. Le voyage avait été comme une suite d’actions empreintes de la volonté de réaliser un rêve commun. Chaque kilomètre parcouru liant d’une façon indéfectible les attaches familiales et les songes partagés. Ce fut un moment dans lequel la vie et la passion se mêlèrent dans un ballet harmonieux. Puis, dans un flash-back, lui revint avec confusion l'escapade à Cadaqués qu'il avait proposée à Jessica. Cette échappée avait été un moyen pour sa fiancée de s'évader de ses tourments et de s'immerger dans de nouveaux horizons.
Pour le jeune homme, la Catalogne et Figueras incarnaient la dualité de l’existence. La ville était un microcosme où chaque ruelle semblait raconter une histoire de naissance et de mort, d’amour et de perte. Dans son cœur, il savait que tout pas dans ces rues était un pas dans les méandres de son âme, tout pavé d’un fragment de son être. Chaque place, chaque coin, était un plateau sur lequel se jouait un drame, les émois comme autant de personnages qui se croisaient, se heurtaient, s’unissaient dans un ballet poignant. Tout souffle de vent, tout rayon de soleil étaient les éclairages changeants d'un théâtre céleste, orchestrant la mise en scène de ses pensées et de ses remords les plus profonds. Aucun mur ne hurlait les secrets du futur, aucune fenêtre ne taisait les espoirs du passé. Cette cité avait la capacité d’être saisie à travers les existences qu’elle façonnait et détruisait.
Il se leva et marcha. Sur la Rambla, les balayeuses mécaniques faisaient des ronds en arrosant la dalle, dérangeant quelques habitants joyeux et bronzés. Georges parcourut de nombreuses fois, la promenade principale, véritable centre vital de la zone urbaine comme de sa vie personnelle. La tristesse l’étouffait vraiment, lui suggérant que le monde n'avait plus de place pour lui. Alors, après une profonde respiration, il se dirigea vers sa voiture. Après s’être assis sur le siège en tissu usé et avoir engagé la clef dans le démarreur, il partit.
Se précisaient dans son esprit, le souvenir des cercueils alignés, des fleurs fanées, des larmes silencieuses des familles endeuillées. Tout cela avait laissé une empreinte indélébile sur son âme. Mais, maintenant, quelque chose était différent. Quelque chose de plus sombre, de plus insaisissable. L’automobile gravit d'abord le col de Perafita, puis traversa de longues vignes maigres et bien enracinées. Les cèpes semblaient murmurer des contes morbides, tandis que le vent soufflait des énigmes par un mouvement transversal d’un bout à l’autre des fenêtres entrouvertes. L'odeur des tamaris était pareille à une symphonie éparse, une mélodie subtile qui se déployait dans l'air telle une gifle fugace. Quelques ombres dansaient sur le pare-brise, tels des spectres cherchant à révéler leur histoire. Le soleil brillait intensément, enveloppant le véhicule d’un voile de flamme.
Georges se demanda ce qui l’attendait au bout du chemin. Il continua à avancer, résolu à percer le mystère. Il avait la sensation de suivre les traces d’un destin inconnu, guidé par des forces invisibles. Qu’était-ce qui l’appelait ? Quelle vérité se cachait au-delà des collines ?
Alors que la route serpentait, s’enfonçant dans la chaleur ardente, le garçon aperçut au loin le littoral. La voie se fit plus étroite, les arbres plus serrés. Et puis, la voiture bifurqua sur la droite et longea une plage bondée de touristes rougis par la canicule. Il passa devant des maisons de pêcheurs humbles, des promenades pleines de tamaris suivant le bord de mer. Là, des petites barques, dont les mâts, les vergues et les cordages, bruissaient dans l’azur éclatant. Les voix graves des travailleurs conféraient une curieuse mélodie à la scène, une harmonie tacite du spectacle humain. Plus loin, le long de la plage, des enfants s'amusaient et gloussaient comme si rien ne pouvait les atteindre. Mais, ce rire résonnait dans le cerveau du jeune homme au même titre que des ricanements de fantômes. Le tableau avait quelque chose de tragique.
Puis, d’un coup, les yeux de Georges se brouillèrent. Les couleurs naturelles telles que celles d'une toile de Dali devinrent soudainement pâles. Le rouge des feuilles de tamaris, le bleu intense du firmament, l’ocre du sable, le blanc des mouettes envoûtantes s’estompaient et s’assombrissaient. Le garçon s'arrêtait. Alors qu'il sortait de l’automobile et se mettait à marcher lentement à travers les embruns des flots, provoqués par les rochers, une vague de larmes coula sur ses joues. Elles baignaient sa peau et apportaient une fraîcheur amicale. Une fois qu’il eut retrouvé ses esprits, il reprit le volant. À Port de la Selva, Georges gravit en crescendo jusqu'en haut d'une colline escarpée et arriva au sommet. En bas, la jolie crique de sa Sabolla reflétait les ruines d'un ancien monastère. Le garçon remarqua des marques sur la chaussée et reconnut des traces de pneu créées par un véhicule. Face à lui, dans un grand cratère déchiqueté, apparut l'épave réduite de la 2 CV. Elle gisait au milieu d’un vallon abrupt, représentant un petit point brillant dans un univers de poussière jaunâtre. Le cœur du jeune homme se serra à l'horreur de la scène. Pendant un long moment, il resta là, figé, à examiner le sol, la route et le trou, ne sachant pas quoi faire, comme s’il cherchait à déchiffrer les énigmes du passé. Dans le ciel, le soleil dardait la nature de ses rayons, des oiseaux chantaient. Le garçon ne les entendait pas. Ce jeudi, en fin d'après-midi, la lumière incommodante brûlait l’astre du jour. Au-dessus de la tête de Georges Roche, une coupole de craie pratiquait une sorte de tunnel qui ventilait un souffle fielleux. Finalement, la détermination dans son cœur lui donna le courage de rejoindre l’épave dans le creux de la montagne. Jessica était morte ici et lui avec elle.
 

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Maysa – Danseuse de braises : un poème pour Gaza, un cri pour l’enfance

21 Juin 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Actualités, #Roman

Il est des jours où l’actualité ne traverse pas nos écrans, elle nous transperce.
Des images insoutenables nous parviennent du Moyen-Orient. Et parfois, au milieu de ce chaos, une seule photo bouleverse plus que mille discours. Celle d’un père portant le corps sans vie de sa fille m’a saisi à la gorge.

Alors, j’ai écrit.

J’ai écrit pour cette fillette, pour toutes les Maysa qui dansent encore dans les ruines. J’ai écrit un poème, une tentative de résistance douce, par les mots, face à la violence brute. Une danse, fragile mais indomptable, sous les drones et les bombes.

👉 Découvrez Maysa – Danseuse de braises, un poème né d’indignation, de chagrin… et d’un irrépressible besoin de dire non.

đź”— Lire le poème complet sur L’Atelier des Auteurs

Maysa – Danseuse de braises : un poème pour Gaza, un cri pour l’enfance

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Maysa – Danseuse de braises : un poème pour Gaza, un cri pour l’enfance
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J'ai publié le chapitre 35 de mon Roman "Le Théâtre Des Disparus" intitulé REPÉRAGE

10 Mai 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman

J'ai publié le chapitre 35 de mon Roman "Le Théâtre Des Disparus" intitulé REPÉRAGE

Le lien est  ci-dessous

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Accueil - Mois de Mai

9 Mai 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Actualités, #Serge, #Roman

Accueil - Mois de Mai

J’écris comme on cherche une lumière dans la brume.
Raoul.

Voir aussi : les abbés rodent - ici
Serge ici
Roman ici

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Dans les yeux de ma Mère

24 Avril 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman, #Youtube, #Pinterest

Combien mystérieuse est la voix de l'enfance !
Rose ! Je veux te confier un secret.
Pleurs radiés ! Souvenirs de larmes intenses.
Au pied de ma mère, son beau sourire,
De tes épines, ne ferait qu'un doux baiser.

Lien : https://bit.ly/4lIIezm ici

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Repérage

19 Avril 2025 , Rédigé par Serge Raoul - 🎸 Publié dans #Roman

L’automobile de Mathieu avançait à pas de tortue, ses pneus crissant légèrement sur les pavés humides. La nuit était noire, troublée uniquement par les rares réverbères vacillants. Le blondinet scrutait les alentours, ses yeux bleus perçant l'obscurité à la recherche du moindre signe de mouvement derrière les fenêtres sombres. La tension était palpable dans l’habitacle, chaque seconde semblait s’étirer en une éternité, le silence seulement troublé par le tic-tac de l’horloge du tableau de bord. Il commença par un repérage des lieux. Il arriva à un coin de rue et crut apercevoir une fourgonnette de police rangée le long du trottoir. Le garçon eut un frisson d'inquiétude, se demandant si elle était là pour lui. Il respira profondément et s’achemina vers le véhicule de patrouille. Il n'y avait pas de doute : c'était bien la gendarmerie qui était garée à cet endroit. Il écouta attentivement, mais n'entendit ni voix ni pas. Le jeune homme continua son trajet jusqu'à ce qu'il trouve un emplacement propice dans l'ombre d'une ruelle peu fréquentée. D’un geste sûr, il coupa le moteur et se prépara à sortir, sachant que les prochaines minutes détermineraient le succès de sa mission. Mais, étant sur ses gardes, pensant que quelque chose clochait. Mathieu resta immobile dans sa voiture, le cœur battant, les yeux rivés sur la rue. Les minutes s'écoulaient lentement. Alors qu'il attendait, son esprit vagabonda vers les événements qui l'avaient conduit à cet instant. Les souvenirs de la réunion clandestine resurgirent. Il revoyait les visages déterminés de ses camarades, entendait à nouveau leurs voix passionnées discutant de leur « cause ». En fermant les yeux, le poids de sa mission le submergea. La scène se rejouait dans sa tête, comme un film en noir et blanc, le ramenant à ce moment crucial où tout avait basculé. Se présenta ainsi dans son esprit une bribe de discussion qui avait motivé l’instant présent.
— Alors qui ? Un volontaire ?
— Moi ! Je suis prêt à passer à l’action, pour notre cause à tous.
— Vive la cause ! Vive le GUD.
Il ne pouvait plus reculer et retira de sa boîte à gants le document qu’avait donné le Bordelais. Après l’avoir lu avec attention, il ouvrit la portière et sortit un jerrycan rempli d'essence du coffre. Mathieu se figea un instant, croyant entendre un bruit de pas derrière lui. Son cœur s’emballa et il tourna lentement la tête, ses mains tremblantes serrant le bidon. Mais, il n’y avait rien, uniquement le vent sifflant à travers les fissures des murs délabrés. Le garçon marcha ensuite vers l’édifice avec précaution, lançant des coups d'œil furtifs autour de lui. Il allait bientôt savoir si ce jour allait être un jour pareil aux autres, ou s'il était sur le point de vivre un véritable cauchemar. Soudain, une lumière s’alluma à l’étage supérieur de la bâtisse, captant son attention. Une silhouette passa brièvement devant une vitre avant que l’obscurité ne reprenne ses droits.
Maintenant, ses yeux scrutaient chaque fenêtre, chaque ombre, à la recherche du moindre signe de vie. Le silence pesant de la nuit n'était troublé que par le bruit des voitures passant dans la rue. Prenant une profonde inspiration, il serra le jerrycan contre lui et fit un pas hésitant. Puis, un autre. À chaque pas, la tension montait en lui, mêlée d'appréhension et de détermination. Un dernier regard en arrière et Mathieu se décida enfin. Dans un grincement à peine audible, il poussa la porte et pénétra dans l'obscurité du bâtiment. L'intérieur était sombre et le garçon eut du mal à y voir clair. Pourtant, quelque chose ne tournait pas rond. Il le sentait. Il y avait un mauvais pressentiment dans l'air. Après un instant d’hésitation, il se décida à entrer malgré tout. Il alluma sa lampe de poche et balaya le lieu du faisceau lumineux. Des caisses entassées, un peu partout, présentaient des obstacles pour se frayer un chemin jusqu'au fond de la pièce. C’est alors que sous une porte, une lueur jaillit d'une pièce voisine. Le jeune homme jeta un coup d'œil par l’entrebâillement. Il vit une vaste salle, éclairée par quelques flambeaux illuminés de place en place. À une table, quatre personnes parlaient à voix basse.
Deux vieillards portaient une kippa, le troisième un chapeau de fourrure[Schtreimel] et le dernier un châle.[Talit] Sur le côté, à terre, reposaient des phylactères.[Tephillin] Le garçon remarqua que la personne qui portait le schtreimel était le Grand Rabbin de Toulouse. Il reconnut immédiatement l'individu au talit qui était l'un des membres du Beth Din[Beth Din : tribunal religieux]. Il n'avait jamais vu les deux autres. Le blond n'avait pas le temps de réfléchir plus avant que l'un des personnages ne le vît.
La vue de ces hommes en prière raviva en lui un mélange toxique de haine et de peur, nourri par des années de propagande. Une voix dans sa tête lui criait de fuir, mais une autre, plus insidieuse, lui rappelait sa mission, le serment fait à ses camarades. Le conflit intérieur ne dura qu'une fraction de seconde avant que la détermination ne l'emporte. Avec des gestes mécaniques, comme détachés de sa volonté, il dévissa le bouchon du jerrycan. L'odeur âcre de l'essence lui piqua les narines, agissant comme un déclencheur. Dans un état second, il commença à asperger le sol, traçant un chemin mortel vers la salle où se tenait la réunion. Chaque pas le rapprochait de l'irréparable, chaque goutte versée scellait un peu plus son destin et celui de ses victimes innocentes.
Puis, il dégagea une allumette et la frotta. Il la jeta ensuite sur l’essence qui s’activa aussitôt. Le feu qui, au début, brûlait chichement, s’embrasa d’un coup. Mathieu s’éloigna en courant. Il sortit du bâtiment et vit un grand foyer s’élever derrière lui. Il monta prestement dans sa voiture et s’enfuit. Les flammes se propagèrent rapidement, causant des dommages considérables. Le jeune homme avait commis l'irréparable, il était un incendiaire. Il passa une nuit agitée, peuplée de nombreux cauchemars qui ranimaient la scène de la veille. Fatigué et anxieux, le lendemain, il brancha la radio et comprit qu’il était devenu un criminel.
— Flash de neuf heures. Chers auditeurs, nous avons des nouvelles tragiques à vous annoncer. La nuit dernière, un brasier s'est déclaré dans un immeuble du quartier du Mirail, causant la mort de quatre personnes de la communauté juive toulousaine. Les secours ont été promptement dépêchés sur place, mais malheureusement, ils n'ont pas pu sauver les victimes. Les raisons de l'incendie sont inconnues. Les forces de l’ordre sont encore sur les lieux. Pour l'instant, nous n'avons aucune indication ; toutes les hypothèses sont envisagées. Nous vous tiendrons informés dès que nous aurons de nouvelles supplémentaires. Nous présentons nos sincères condoléances aux familles et aux proches des personnes décédées. Politique internationale maintenant…
Le garçon tourna le bouton usé de la radio et jeta un : « Seigneur Dieu ! » Il ferma les yeux, submergé par les souvenirs de cette nuit fatidique. Il revoyait l'obscurité s’embraser, entendait encore les crépitements du feu dévorant la construction. L'odeur âcre de la fumée semblait à nouveau emplir ses narines. Il se rappelait la panique qui l'avait envahi en réalisant l'ampleur de son acte, la fuite précipitée dans son auto, le cœur battant à tout rompre. Ces images le hanteraient à jamais, tout comme le poids de la culpabilité qui ne cessait de s'alourdir. Le jeune homme savait qu'il ne pourrait jamais effacer ce qu'il avait fait, ni revenir en arrière. Cette nuit avait changé le cours de sa vie, le transformant en un criminel traqué, condamné à vivre dans la peur et les remords.
 

Repérage
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