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Là où les destins se racontent en 15 secondes et résonnent pour toujours.

03 Feb

Chibanga, le toréador noir qui dompte les taureaux avec sa magie gitane

Publié par Serge Raoul  - Catégories :  #Roman

 

 Mais comme le dit un dicton gitan : « Quand cela commence mal, cela finit nécessairement bien. » Le dernier matador a donné raison aux superstitieux. Chibanga, le toréador, surgit de la porte principale. C'était un noir, noir comme les pattes d'un crapaud. Son « costume de lumière » bâillait un peu, car un taureau avait transpercé à la dernière corrida qui l'avait conduit quelques jours à l'hôpital. On l'avait alors cru perdu pour la tauromachie et il faisait donc son grand retour dans les arènes à Figuéras. Déjà les hurlements, des grognements et les cris fusèrent en masse. C'est qu'il ne badinait pas le public figuerenc, surtout celui de la corrida du soir ! Il se mit à crier :« Chibanga ! Chibanga ! un chico negro, como la noche, mas que la noche !… Veux-tu te sauver !… eh ! cul à poux !… oh ! cul noir ! vete al diablo !… vete a la chicanga ! »Insensible à ces cris, Chibanga resta impassible. Il ne s'arrêta pas là. Au fur et à mesure que le public criait, Chibanga bougeait légèrement ses épaules et il se tordait à chaque pas comme s'il s'était installé dans le rythme du sol. Les gens, submergés par l'adrénaline, hurlaient leur colère : « C'est lui ! C'est Chibanga ! Il fit un pas de plus et dans le toril le taureau poussa un sifflement terrifiant à en décorner les vaches. Les spectateurs déchaînés se mirent à crier encore plus fort leur haine. La surprise passée, la foule s'apaisa, les cris cessèrent. Un fauve couleur savon apparut alors. Il courut jusqu'au milieu de l'arène, il stoppa net ! Il se mit à mugir, son poil se hérissa. Toute la lumière s'engouffra d'un coup dans l'œil de l'animal et le rempli de noblesse. C'était un Miuria, un animal qui symbolisait la liberté et la puissance pour tous les peuples depuis tant d'années. Il était le seul, le vrai. Sa puissance et sa sagesse étaient mises en exergue. Mais alors que les spectateurs s'apprêtaient à crier leur joie, l'animal se mit à mugir ! Sa voix résonnait tel le tonnerre. La foule était stupéfaite."Vinares le péon l'appela de loin. Ce qui s'est passé entre l'animal et Chibanga ce jour-là est entré dans l'histoire. Le taureau chargea d'abord, tête baissée vers le sable. Chibanga évita la charge de l'animal puis s'enracina au milieu de la piste. Le taureau se précipita avec toute la furie de sa puissante détermination. Chibanga leva la main et récita un sortilège intense que lui avaient appris les gitans, sa magie s'entremêla au sable et aux vents autour de lui. Le taureau hésita un moment puis s'arrêta dans son élan. Il baissa sa tête et regarda Chibanga dans les yeux. Le toréador pouvait sentir la chaleur et l'âme de l'animal. Lentement, il abaissa sa main et leva son regard vers le ciel. Il domina doucement les attaques du taureau qu'il finit par apprivoiser. Il ne chercha pas à lutter au corps à corps, loin de là. La silhouette ne se rigidifia pas. Il tint le poignet souple au niveau de la ceinture. L'animal tournait autour de lui comme l'aurait fait une femme amoureuse. C'était un velouté de corrida. Chibanga alors décida de nommer le taureau « Toreador », en hommage à ses prouesses. Vinares était stupéfait. Jamais il n'avait assisté à une telle mise en scène. Ce fut le premier taureau affronté uniquement par la seule force des mots et des gestes. Chibanga était devenu un dompteur légendaire, une légende qui allait se transmettre de génération en génération.… Pour saluer la prestation, l'orchestre commença à jouer « Puerta grande ». L'arène n'était qu'un murmure d'admiration et personne ne pensa qu'on put toréer autrement. Ce fut un monument de sobriété et quand le silence s'installa, Chibanga conclut par une estocade simplement parfaite. L'augure des gitans s'était réalisé : « Quand cela commence mal, cela finit nécessairement bien. » * L'année 1974 s'acheva et Alain Scalia, l'ami d'enfance de Georges, vint à Toulouse. Ce fils de pied-noir avec qui Roche partageait des patinages quand il était jeune choisit donc de venir vivre également dans cette cité rose. Cet heureux hasard permit alors la renaissance d'une amitié entre les frères Roche et leur compagnon d’autrefois. Ainsi, se prolongea encore l’aventure des intimes. 

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